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Et si nous électeurs, nous nous mettions sur le divan?

Françoise Tachker-Brun, psychothérapeute, analyse pour l’IRG le comportement des Français appelés à voter

Sommes-nous atteints du syndrome de Stockholm? La question peut sembler violente mais, au vu du faible impact qu’ont les scandales à répétition sur les intentions de vote, elle mérite d’être posée. Ce syndrome qui veut qu’une victime finisse par comprendre son bourreau pourrait aisément se transposer à la situation politique actuelle. François Fillon, ex-Chevalier blanc devenu porteur de casseroles, a, certes, perdu des points dans les sondages mais conserve une réelle chance de se qualifier au 2e tour. Marine Le Pen, autant touchée par les affaires que son rival de droite, voit, elle, son statut de co-favorite se renforcer!

A-t-on conscience de notre responsabilité?
Pour tenter d’expliquer l’inexplicable, nous avons tenté de mettre le citoyen sur le divan de Françoise Tachker-Brun, psychothérapeute grenobloise et co-fondatrice de l’Ecole d’Analyse Transactionnelle à Paris. Si elle reconnait une période charnière dans l’évolution de notre pays, la psycho-praticienne ne peut que constater une peur de l’après chez nos concitoyens. « Beaucoup se trouvent dans une boîte et ont peur d’en sortir, analyse l’Iséroise. Voter, c’est se demander dans quelle société on veut vivre. C’est une réelle responsabilité. Mais beaucoup ne souhaitent pas la prendre par peur de l’inconnu. Ils préfèrent rester dans le confort de la boîte et voter pour des gens qui consolideront ce confort. »

« Marine Le Pen sait manipuler à travers les mots »
Cette volonté de confort se pose toutefois en contradiction avec l’envie de tout casser qu’ont certains, avec le vote Le Pen notamment. « Il y a une part de rébellion dans notre société, estime la psychothérapeute. Puisque je ne peux pas avoir ce que je veux, je vais tout casser. Avez-vous analysé les mots, les verbes utilisés par Marine Le Pen. Sa stature, son temps de parole… C’est quelqu’un qui sait manipuler à travers les mots. La séduction mène à l’aveuglement. Elle coupe la potentialité de réflexion chez une bonne partie des citoyens. Car il est plus facile de se laisser séduire que de réfléchir par soi-même. »

« Pourquoi va-t-on élire des voyous? »
Cette manipulation des masses semble d’autant plus réussie qu’elle rend entièrement inaudibles les accusations retenues contre elle et son parti. « Pourquoi va-t-on élire des voyous, interroge Françoise Tachker-Brun. Car ils osent faire ce qu’on n'osera jamais faire. Cela soulage la tension psychologique. La majeure partie de la population va s’empêcher de voler l’Etat ou de mentir à un si haut niveau. Mais quand quelqu’un le fait, c’est soulageant. On se sent aussi moins mauvais. C’est déléguer à d’autres ce qu’on ne peut faire soi-même. Il y a un aspect projectif évident. Quant à Le Pen ou Fillon, ils arrivent à faire jouer les défenses psychologiques de la dissociation. C’est la justice qui est méchante. Et beaucoup les croient. »

« Quand quelque chose se passe, c’est la vie. »
Face à ce constat amer, l’évolution de la société et de la politique française semble persister. Et malgré un débat électoral totalement voilé par l’affaire Fillon et un négativisme constant des Français, la psychothérapeute rappelle qu’il y a toujours du bon dans l’évolution. « Quand on bouge les bases, quelque chose se passe. Et quand quelque chose se passe, c’est la vie, souligne la co-fondatrice de l’EAT. Regardez ce qu’il s’est passé aux États-Unis avec l’élection de Trump. Des citoyens qui ne s’intéressaient pas à la politique sont en train de se mobiliser. »

1968-2017, même combat?
Et derrière les scandales et le statut-quo, on trouve l’autre face d’une société décontenancée, celle qui souhaite sortir de la boîte. Avec l’émergence évidente d’Emmanuel Macron, la victoire de Benoît Hamon sur Manuel Valls lors de la primaire socialiste ou les velléités révolutionnaires de Jean-Luc Mélenchon, une autre partie des Français veut que ça bouge. « Cela me fait penser à 68, se souvient la Grenobloise. Qu’est-ce que mai 68 si ce n’est des adolescents qui ont descendu le père? Il y a eu une volonté de sortir de son confort car l’intérêt y était collectif. Par la suite, cela a fait sauter beaucoup de règles dans le bon et le mauvais sens. Mais ça a changé la face de la société. »

La question est de savoir si on est finalement prêt à subir les conséquences d'une telle évolution. Dans une société de l’immédiateté, c’est toute une mentalité qui doit changer. Celle qui croit encore au sauveur et qui est déçue quelque soit celui qu’elle a choisit. « On a toujours ce besoin d’une figure tutélaire toute puissante, tranche Françoise Tachker-Brun. On n’est peut être pas encore prêt. Il faut une prise de conscience plus importante sur ce que l’on veut de notre société. Or, aujourd’hui, on attend toujours d’être satisfait individuellement et non collectivement. Un chef d’Etat est comme un parent. Il doit tout nous donner. Quand un petit réclame sa sucette, sa mère peut l’entendre. Mais s’il n’a pas sa sucette, il considèrera qu’elle ne l’a pas écouté. »

Retrouvez prochainement notre interview vidéo de Françoise Tachker-Brun sur le blog Les élections à la maison…