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Quand la participation citoyenne s’invite dans une démocratie en crise

Les initiatives citoyennes se sont multipliées lors des campagnes électorales malgré un contexte d’érosion de la confiance

S’il est un constat à ressortir du marathon électoral que nous avons vécu ces dernières semaines, c’est la volonté croissante de la part des citoyens de changer les institutions jugées vieillottes par bon nombre d’entre eux. Le résultat est d’ailleurs accablant : les partis traditionnels ont été poussés vers la sortie, l’Assemblée nationale a pris un virage nouveau et, surtout, l’abstention a atteint un niveau ubuesque lors des deux tours des élections législatives. « Pour la première fois depuis très longtemps, la question du champ institutionnel a pris beaucoup de place », analyse Loïc Blondiaux, chercheur au Centre Européen de Sociologie et de Science Politique (CESSP/CNRS) et membre du comité d’orientation de l’IRG. « Elle a été portée par plusieurs candidats et on a le sentiment que les Français y ont été réceptifs. »

« La place du débat et du compromis extrêmement faible »
D’après l’universitaire, il existe plusieurs raisons qui doivent pousser à réfléchir à un changement institutionnel. « La première c’est l’hypertrophie des pouvoirs du président de la République », tranche-t-il. « Si ce dernier a une large majorité, le Parlement ne sert plus à rien. La concentration du pouvoir exécutif n’a aucun équivalent dans le monde occidental. Du coup, la place du débat et du compromis est extrêmement faible. Cela produit une attente très forte envers le président, une plus grande frustration et, en terme de gouvernance politique, une moindre efficacité. » La deuxième, et non des moindres, c’est évidemment cette poussée citoyenne en vue d’intégrer l’univers politique. « Il me semble essentiel qu’il y ait un débat avec les citoyens sur les règles du jeu », estime Loïc Blondiaux. « Les Français doivent pouvoir entrer dans un processus de réécriture de la Constitution. Non à huis clos entre experts mais avec tout un ensemble. Ce serait le moment d’une réflexion sur les droits que nous voulons voir défendus, les valeurs que nous souhaitons voir respectées, la manière dont nous voulons aménager le pouvoir. Il y a une demande de participation citoyenne. Cette demande doit avoir un débouché institutionnel. »

Initiative référendaire, plateforme de citoyens, budgets participatifs…
Face à un déficit de participation visible que ce soit à l’échelle locale ou nationale, des outils pourraient voir le jour dans les prochaines années. « Un mécanisme comme l’initiative référendaire pourrait ouvrir des espaces d’interpellation », lance-t-il à titre d’exemple. « Nous n’avons aucun dispositif de ce type. Il nous manque toute une ingénierie de la démocratie et de la participation qui permettrait du dialogue entre les représentants et les représentés. Pourtant, nous disposons d’un répertoire d’instruments efficaces. Pourquoi ne pas permettre une participation des citoyens à la fabrication de la loi, une mise en place systématique d’une plateforme de citoyens. Il y a aussi le vote obligatoire, les budgets participatifs… Je ne dis pas qu’il y a une recette miracle mais nous pourrions faire respirer nos institutions. »

« Nous sommes à la croisée des chemins »
Toutefois, la fenêtre vers un changement des institutions ne semble pas forcément s’être ouverte en grand avec l’élection d’Emmanuel Macron à la tête de la présidence de la République. « Il me semble clair qu’avec ce président, il n’y aura pas de 6ème République », affirme Loïc Blondiaux. « Avec cette volonté de réinvestir la symbolique du pouvoir quasi-monarchique, il a voué fidélité à l’esprit de la 5ème République. Nous allons à l’envers de la proposition d’une plus grande participation citoyenne. Toutefois, même avec cette conception verticale du pouvoir, un gouvernement ne peut plus faire comme si les citoyens n’existaient pas. » Dans un moment critique où les idées extrêmes conservent une place importante au sein de notre société, innover nos institutions devrait toutefois représenter une priorité. « Nous nous situons dans une période où s’opposent les tensions », note celui qui a participé à l’initiative « Big Bang Démocratie » pour la Fondation Hulot. « Cela peut aller dans tous les sens. La montée en puissance des idées autoritaires laissent penser qu’un modèle de gouvernement du même ordre puisse ainsi voir le jour. En même temps, il y a l’envie d’une partie de la population de participer, le désir d’une plus grande transparence. Nous sommes à la croisée des chemins du point de vue politique. À l’étranger, les changements majeurs ont été déclenchés par des situations de crise économique et sociale majeure. C’est un accélérateur. A titre d’exemple, en Islande, un processus d’écriture participative de la Constitution a été lancé. En France, nous n’en sommes pas encore là. Mais il y a chez nous une érosion de la confiance depuis des décennies. Alors, deux scénarios sont possibles : l’initiative présidentielle, qui aurait pu voir le jour avec un candidat qui le souhaitait, ou si l’on donnait la possibilité à un quart des parlementaires accompagné d’un dixième des citoyens inscrits sur les listes électorales de faire une pétition. Cela pourrait déclencher un processus institutionnel. C’est évidemment de la science-fiction mais ce n’est pas irréalisable. »