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La transition énergétique passe par la complémentarité des échelles


Le chacun pour soi n’y a pas sa place. Quand l’on parle de transition énergétique, on insiste souvent sur le caractère urgent de ce changement majeur. A la tête de son ministère de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot a notamment prévu dans son plan Climat, la fin des ventes de voitures diesel et essence pour 2040 ou encore l’interdiction de tout nouveau projet d’exploration d’énergie fossile appuyant le fait que cela devait se faire dès maintenant ou jamais.

« Les actes individuels sont importants mais pas suffisants »
À force de mettre en avant l’urgence de la situation, on en oublie le chemin qu’il faut prendre. S’il nous rappelle que, malgré l’inertie et les luttes d’intérêts qui caractérisent l’évolution humaine, la transition énergétique ne doit plus perdre de temps, Patrick Criqui souligne que ces changements ne se feront pas d’une seule voix. « Le fait de décider d’utiliser les transports en commun, le vélo, ou la marche au détriment d’une automobile est à l’évidence l’une des composantes de la transition énergétiques », explique le directeur de recherche au CNRS en économie de l’énergie  et du développement durable. « Tout comme le fait d’arriver à gérer de manière raisonnée l’énergie que l’on consomme dans son logement. Au niveau de l’individu, ce sont des actes importants. Mais ce n’est pas suffisant. »

« Tous les niveaux de gouvernance sont concernés »
Si l’on veut engager le processus de transition énergétique, il va notamment falloir travailler sur l’harmonisation entre les niveaux de gouvernance. « Nous n'arriverons à réussir la transition que si nous parvenons à créer des synergies ou des effets positifs d’entraînement entre les différents niveaux », tranche le membre du comité d’orientation de l’IRG. « Tous les niveaux de gouvernance sont concernés. Il faut une logique commune que ce soit au niveau international, européen, national, local et territorial. C’est un défi tellement majeur et si difficile à réussir qu’il faut être capable d’agir à tous ces niveaux de gouvernance. » Autrement dit, personne ne peut enclencher efficacement cette transition sans l’appui de l’autre.

Une synergie entre international, national et local
Pour le chercheur, chaque échelle est essentielle et fait partie intégrante du processus. « L’Europe a joué un rôle de leadership en termes de recherche et d’action internationale en faveur du climat », avance Patrick Criqui. « Le niveau national, c’est celui dans lequel tous les grands pays définissent leur politique énergétique. C’est aussi essentiel pour structurer ce qui doit être fait. Quant au dernier niveau, qui n’est pas le moins important, c’est le local. Que ce soit les politiques des transports ou de rénovations thermiques des bâtiments, on s’aperçoit que c’est au niveau des villes, des agglomérations et même des régions que peuvent être prises les actions permettant d’engager le processus de transition. » Cette synergie permet ainsi une meilleure approche de chaque étape nécessaire à cette évolution.

L’exemple des énergies renouvelables
« Il est primordial de considérer que cet enjeu concerne tous les niveaux de la gouvernance », insiste-t-il. « L’important est d’agir de la manière la plus forte et la plus efficace à chacun de ces niveaux. Le tout en faisant en sorte que ces actions soient bien alignées. Ce qui est fait à un niveau ne peut pas entrer en contradiction avec un autre. » Les exemples de synergie entre les différents niveaux de gouvernance ne sont pas pléthoriques mais ils existent. « Regardez ce qui est fait sur les énergies renouvelables, l’éolien et le solaire. C’est un concept qui se prête bien à une utilisation locale de l’énergie. Or, il faut être attentif à ne pas privilégier le local de manière excessive. Nous ne pouvons pas faire du 100% local. Il faut être capable de combiner les différentes échelles d’analyse. On fait donc appel aux réseaux nationaux pour répartir l’énergie sur le territoire. »

De même, diverses études réalisées au niveau européen montrent que c’est en travaillant à tous les niveaux qu’on peut accueillir de très grandes quantités d’énergies renouvelables variables. « Il est nécessaire de s’appuyer sur l’interconnexion des systèmes électriques européens pour jouer de la complémentarité entre le soleil de l’Italie du sud et le vent en mer du Nord ou au Danemark. »