Vous êtes ici

Block title
Block content

Comment relever le défi démocratique en France?

À l’occasion de sa conférence « Nuit Debout », du 21 avril 2016, intitulée « Refaire la démocratie, pourquoi, comment et avec qui? », Loïc Blondiaux pose les jalons d’une possible nouvelle ère démocratique qui inclurait (enfin) le peuple dans les décisions.

La société française a tout à faire en termes d’avancée démocratique. Le chercheur au Centre Européen de Sociologie et de Science Politique (CESSP/CNRS) va même plus loin. Pour lui, la société française est « l’une des sociétés dotées d’institutions démocratiques qui est le moins démocratique. » Afin d’étayer ses propos, il avance une salve d’arguments. « D’une part, les institutions structurantes de la société, à savoir les écoles, les hôpitaux ou les entreprises ne fonctionnent pas selon des principes démocratiques mais selon des principes hiérarchiques », note le membre du comité d’orientation de l’IRG. « D’autre part, il faut souligner le sort réservé aux plus faibles car il s’agit d’un critère important de démocratie d’une société. Or, la société française est extrêmement brutale à l’égard de ces populations. Elle ne les considère pas comme égales aux autres. »

Une déconsidération du peuple latente
Par ailleurs, le chercheur n’hésite pas à rappeler que la démocratie française reste « un régime politique fondé à la fin du XVIIIe siècle par des personnes haïssant la démocratie. » En d’autres termes, le peuple est assimilé à un acteur non essentiel de ce régime. « Pourquoi dénie-t-on au peuple cette capacité de participer activement et durablement au processus de décision ? », feint d’interroger Loïc Blondiaux. « Car il est jugé insuffisamment éduqué, intelligent, disponible et dangereux. En outre, il est considéré que dans les grands pays, il est impossible de réunir le peuple tout le temps et sur tous les sujets. L’idée était donc de désigner une aristocratie par l’élection. Une sorte d’oligarchie qui ne dirait pas son nom et qui serait approuvée régulièrement par le suffrage universel. »

« Les consommateurs sont plus faciles à gouverner que les citoyens »
Toutefois, les dernières élections présidentielle et législatives ont mis en lumière plusieurs initiatives citoyennes visant à renverser la table. Si la population a semblé particulièrement sensible aux idées novatrices, elle ne lui a pas donné davantage de poids dans les urnes. « Il y a une montée de l’exigence démocratique », estime celui qui a participé à l’initiative « Big Bang Démocratie » pour la Fondation Nicolas Hulot. « Cela repose sur une affirmation forte : les citoyens ne sont pas des enfants ni des consommateurs. Ils sont capables de penser, parler et produire de la volonté et de l’action. Or, notre société actuelle favorise le comportement de consommation, y compris de la vie politique. Les consommateurs sont plus faciles à gouverner que les citoyens. »

Quand les citoyens passent à l’action
Des exemples viennent cependant montrer que certains citoyens souhaitent sortir de cette posture attentiste. « C’est là que les problèmes commencent », tranche Loïc Blondiaux avant de poursuivre. « C’est la dimension symbolique en jeu actuellement. Il s’agit de défier tous les a priori qui pèsent sur le peuple comme l’apathie, l’incompétence ou la violence. Il faut montrer que la vie politique telle qu’elle est n’est pas inévitable grâce à l’émergence de formes d’organisations tels Nuit Debout ou Les Indignés. Toute cela fonctionne mais le coût n’est pas anodin. La déperdition d’énergie et la volonté d’inclusion systémique interdit l’émergence d’un point de vu commun. Le refus de la personnalisation et du leadership fait que l’extérieur ne comprend pas.»

« Peut-on faire de la politique sans désigner d’ennemis ? »
La période électorale nous a donc montré que le retour de l’imagination démocratique commençait à s’imposer au sein de la société. Il semblerait que nous vivons une transition « d’une démocratie de consommateurs vers une démocratie d’acteurs. » À l’échelle locale, les exemples sont de plus en plus nombreux ce qui permet de faire bouger les bases. « La démocratie recule sur des tas d’aspects mais avance de manière souterraine sous d’autres », conclut Loïc Blondiaux. « Ce sont donc de nouvelles pratiques démocratiques qui traversent le champ politique et social. Le défi au niveau de la gouvernance démocratique est de s’interroger : peut-on faire de la politique sans désigner d’ennemis. La politique c’est la capacité de désigner des amis et ennemis car il y a des clivages à identifier pour hiérarchiser les luttes. Or, dans la tendance actuelle de démocratie inclusive, on s’interdit de poser cette question. »