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Loos-en-Gohelle, la renaissance par la démocratie participative

Entretien avec Jean-François Caron, maire de la ville depuis 2001

« Comme si pendant deux siècles, nous dépendions d’une activité et que nous nous retrouvions les bras ballants. Il a fallu se projeter pour réinventer un projet de ville. » Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle depuis 2001, sait de quoi il parle. Construite pour le charbon, dont le modèle économique s’est délité à la fin des années 90 avant que l'exploitation ne s’arrête en 2004 dans le pays, la ville du Pas-de-Calais a su se renouveler pour devenir une inspiration en termes de développement durable. Pour y arriver, l’édile et son équipe ont eu recours à différents outils qu’offre la démocratie participative.

L’implication habitante, source du renouveau
« Au tout début, nous avons réfléchi ensemble pour savoir quelle ville former et construire, explique le maire nordiste. Le processus a fait qu’une grande richesse en intelligence collective s’est installée. Les habitants se sont formés et sont montés en qualité. Tout ce qu’on a à produire, nous le faisons en co-production avec les habitants. C’est devenu la méthode générale de la ville. » Avec près de 7000 habitants, Loos-en-Gohelle prend un virage démocratique en mettant en place une charte généralisant l’implication habitante mais aussi en se donnant les outils (organigramme, programme de développement durable, etc…). « C’est super de faire de la participation des habitants à condition qu’il y ait un enjeu de responsabilisation, estime Jean-François Caron. Participation sans responsabilisation = piège à con. Souvent, les villes faisant des réunions publiques font pire que mieux. Ce sont des processus de responsabilisation qu’il faut installer. »

Une boîte à outils démocratique novatrice
Loos-en-Gohelle met alors en place des démarches originales comme le « fifty-fifty » qui permet de contractualiser avec les habitants. « Nous partons d’une initiative habitante, explique Jean-François Caron. Nous échangeons et nous construisons à partir de leurs idées. À l’issue de cela, nous établissons un contrat. » À titre d’exemple, les Loossois ont souhaité améliorer le fleurissement de leurs quartiers. Plusieurs séances se sont organisées aboutissant à la formation d’habitants afin qu’ils comprennent l’ensemble des enjeux (réglementaires, financiers…). De la même manière, les chemins agricoles ont été élaborés avec les agriculteurs. « Cette attitude permet aux gens d’être fiers et d’être des fabricants de la ville, conclut le maire loossois. Nous ne sommes plus dans une posture de commentaire ni de consommation. »

« Un agencement du jeu des acteurs »
Le résultat est surprenant. La participation généralisée est moins forte qu’au début. « Que tout soit réalisé en co-production est devenu un acquis pour les habitants, étaye Jean-François Caron. Ils ont beaucoup plus confiance et viennent au coup par coup. Quand il n’y a jamais eu de participation et qu’on ouvre les vannes, cela amène beaucoup de monde. Pour notre part, nous sommes dans un régime de croisière. Nos réunions publiques sont apaisées, c’est de la construction collective. Il n’y a pas d’agressivité, ni de parole intempestive. » La relation au pouvoir a bien évidemment évolué en même temps que la figure de l’autorité et de la pratique. Mais la légitimité de Jean-François Caron a été accrue. Pour preuve, ses (très) nettes réélections en 2008 (82,1%) et en 2014 (100%). « Mon métier de maire évolue profondément, note ce kiné de formation. Je pense être davantage attendu comme celui qui doit donner un cadre, une vision et une capacité d’impulser. J’ai la légitimité démocratique de penser à l’avenir de la ville. L’élu devient un animateur du débat collectif et se pose comme garant de la qualité du débat. Au final, il arbitre car il y a besoin d’arbitrage. Tout ne se résout pas dans le consensus. Par exemple, la responsabilité des finances, c’est la mienne. On ne peut pas dissocier la décision de la responsabilité. L’élément le plus nouveau est de se trouver en posture d’animer l’agencement du jeu des acteurs. »

Quels obstacles à la démocratie participative de Loos?

Bien entendu, tout ne s’est pas fait sans son lot d’obstacles à éviter ou surmonter. « C’est déjà le savoir-faire et le savoir-être, tranche Jean-François Caron. Faire de la production collective, c’est high-tech. Il faut savoir tenir les débats, préparer les documents, être rigoureux sur les horaires, etc… Quant au savoir-être, j’ai mis en œuvre des processus de formation pour les élus afin qu’ils écoutent mieux les habitants. Enfin, la gestion du temps n’est pas simple quand on fait de la co-production. Il se passe souvent de longs mois avant que ça ne se traduise dans le concret. Les travaux routiers, ça dure neuf mois, il y a une distorsion du temps que certaines ne comprennent pas dans l’immédiat. »

Loos-en-Gohelle : étendard de la résilience
S’il était tout à fait incompris par ses voisins au début du nouveau virage démocratique qu’a pris sa ville, Jean-François Caron a su faire émerger une nouvelle manière de faire. « Les autres maires s’aperçoivent que c’est chez nous que le Front National réalise ses plus faibles scores, lance le maire. Je ne dis pas que nous ne sommes pas menacés mais nous sommes dans un contexte politique extrêmement favorable. C’est une manière de faire qui est transposable partout. Bien sûr, l’échelle locale est la plus aisée car le concret est visible dans l’immédiat. Dans le national, on ne peut pas faire de co-production. En revanche, dans la mise en oeuvre de chacune des actions comme une Ligne Grande Vitesse ou un aéroport, plus on le fait en co-production, mieux elle est comprise. C’est l’agencement des acteurs pour créer les conditions les plus impliquantes. »

À Loos-en-Gohelle, les enjeux se concentrent sur l’amplification de la transition énergétique. « Nous sommes à mi-route, prévient Jean-François Caron. Il faut formaliser un forum citoyen et renforcer l’écosystème alimentaire. Au niveau macro-économique, nous devons avancer vers la 3ème révolution industrielle. Notre ville est la seule visite de terrain pour la COP 21. C’est l’étendard de la résilience car nous sommes partis de la destruction du modèle minier à une renaissance. Cela nous donne des espaces pour créer une économie de la transformation énergétique. »

(Photo: Ville de Loos-en-Gohelle)