Vous êtes ici

Block title
Block content

Transition démocratique et environnement, un ménage houleux

Bruno Villalba nous explique en quoi, en l’état actuel, les deux politiques sont difficilement compatibles.

Tout le monde ou presque s’accorde pour dire que la lutte pour l’environnement devrait être une priorité politique. Or, à chaque année électorale, l’écologie se retrouve balayée par tous les autres thèmes la plaçant ainsi dans le ventre mou des seconds rôles d’une campagne. Pour trouver une trace concrète de l’empreinte écologique sur les pouvoirs publics, il faut alors regarder de plus près.

Entre environnementalisation et écologisation
C’est ainsi que Bruno Villalba, professeur de science politique à AgroParisTech et de sociologie environnementale, membre du comité d’orientation de l’IRG, nous décrit son domaine de prédilection : l’écologie politique. « Il s’agit d’un courant de pensée politique inspiré par les politique publique », explique-t-il. « Il existe deux types de conceptions dans l’écologie politique. La première est l’environnementalisation. C’est à dire qu’on met en place des politiques publiques qui traitent des problèmes d’environnement avec des politiques sectorielles. C’est notamment le cas de la qualité de l’eau par exemple. Ensuite, il y a l’écologisation. Cette dernière fait que l’environnement devient un facteur de l’évolution de l’ensemble des politiques publiques. »

L’incompatibilité notable de la transition démocratique et l’écologie politique
L’écologie politique entre donc dans le concret mais elle se heurte à un contexte de volonté forte d’une transition démocratique. « Cela répond à une crise de la démocratie et du système représentatif », traduit Bruno Villalba. « On nous propose une évolution progressive pour rapprocher le citoyen de ses représentants. C’est le cas de la démocratie participative. On souhaite l’extension du droit des individus et de la capacité du choix de ceux-ci. La démocratie se construit sur le principe de la multiplicité des choix. » À l’instar de certains candidats, une frange importante des citoyens ont, durant les élections présidentielle et législatives, brandi des deux mains l’environnement et la transition démocratique comme étendard. Or, les deux sont difficilement compatibles. « Quand on confronte cette transition démocratique avec les contraintes environnementales, on arrive à une contradiction fondamentale », tranche le sociologue. « Entre la capacité du système démocratique à faire en sorte que l’extension des droits et des choix soit possible et les limites de la capacité des ressources à répondre à ces besoins, il y a un problème de compatibilité. »

« Un volet est sous-estimé : la sobriété »
À titre d’exemple, on ne peut envisager un plus grand confort de nos concitoyens dans les transports sans évoquer son coût écologique. Mais tout problème peut avoir des solutions. « C’est difficilement compatible pour tout le monde, tout le temps, systématiquement », lance-t-il. « L’une des solutions préconisées par certains courants, c’est ajuster les politiques publiques. C’est en partie le projet de la transition énergétique qui veut améliorer l’efficacité et le caractère renouvelable. Un volet reste toutefois sous-estimé, c’est celui de la sobriété. Soit une politique plus modérée à l’égard de notre poids sur le système écologique. »

« Si Macron me demandait conseil… »
Pour autant, la tendance politique actuelle ne semble pas suivre cette voie en France ou ailleurs. « La question de l’écologie ne peut pas être une priorité tant qu’on restera sur un paradigme qui est celui d’une compétition des territoires », constate Bruno Villalba. « Aujourd’hui, on pense que la compétition des territoires va générer de la richesse pour le territoire, puis de l’emploi, du revenu, du pouvoir d’achat et ainsi une augmentation de la consommation. La question environnementale sera au mieux adaptée à cette dynamique de la consommation. Si par inadvertance, Emmanuel Macron me demandait conseil, je prendrais le parti d’une politique de la modération. »

« Réfléchir à la durabilité »
La durabilité des solutions proposées ne semble effectivement guère réfléchie sur le long terme. La question des effets potentiels de telle ou telle politique publique n’est pas souvent prise en compte. « Il faut réfléchir à cette durabilité », prône l’écologiste. « Le tout numérique, par exemple, produit beaucoup d’énergie. Quel effet aura cette politique publique dans 50 ans? Nous ne nous demandons pas pourquoi nous avons un tel besoin de l’énergie, d’accumuler la consommation. Cette dépendance n’est pas interrogée. Et de toute façon, les questions climatiques ne peuvent en aucun cas être gérées par le seul État français. Reste à savoir si les États-Nations sont volontaires pour perdre une partie de leur souveraineté dans ce but. »